Il y a 60 ans les Castors édifiaient leur résidence

Bel exemple de solidarité, le chantier collectif de la résidence pavillonnaire des Castors, au 178, rue Petit Le Roy, a duré près de trois ans, du printemps 1954 à fin 1956.

L’union fait la force ! Les Castors ont fait leur cette devise en se lançant en 1954 dans l’aventure de construire en commun leurs maisons au 178, rue Petit Le Roy. Au départ, ils étaient quatre employés d’EDF en poste à Chevilly-Larue ou dans le voisinage, Messieurs Ducouret, Edelmann, Lesouef et Ripoche, à subir de mauvaises conditions de logement, comme tant d’habitants dans l’après-guerre, et à se demander comment y remédier. En 1953, apprenant l’expérience de Castors menée par des collègues à Villejuif, ils viennent les rencontrer. Ils découvrent ainsi les avantages du Plan Courant, du nom du ministre de la Reconstruction et du Logement qui a fait voter la loi du 15 avril 1953 accordant des avantages financiers pour la construction de logements économiques. En s’associant, les Castors peuvent obtenir des prêts à taux avantageux et des matériaux à prix réduits ; ils réduisent de beaucoup les frais de construction en effectuant en commun le maximum de travaux par eux-mêmes. Il s’agit d’abord de trouver un terrain pas trop éloigné de leurs lieux de travail. Par une connaissance, M. Ripoche est mis en relation avec M. Grange, industriel parisien propriétaire d’un terrain horticole de 1,7 ha rue Petit Le Roy à Chevilly-Larue ; un accord est conclu pour un prix assez modéré, à condition que trois des futurs 54 pavillons soient réservés à des ouvriers de M. Grange. Les initiateurs du projet pensent d’abord réserver tous les 51 lots restants à des agents d’EDF, mais il est bientôt décidé de ne leur accorder qu’un tiers des lots, les deux tiers restants étant accessibles à des personnes extérieures. Le bouche à oreille fonctionne si bien que le 54e candidat est trouvé dès janvier 1954. Le groupe des Castors de Chevilly-Larue est d’abord intégré aux Castors de Sainte-Colombe de Villejuif, qui achètent le terrain et déposent la demande de permis de construire à la mairie de Chevilly-Larue le 22 mars 1954. Les travaux commencent bientôt, par les terrassements, sans attendre l’accord du permis, qui est donné le 23 septembre 1954. Selon le règlement intérieur des Castors, chacun s’engage à fournir jusqu’à la fin des travaux un minimum de 40 heures de travail par mois sur le chantier, ainsi qu’à y travailler 12 jours de congés payés par an à 8 heures par jour, soit au total au minimum 576 heures de travail par an (en fait, bien plus). « Le principe même du système Castor étant la solidarité des participants, chacun doit considérer comme un devoir absolu de remplir fidèlement ses obligations ». Les Castors ne savent pas alors quelle sera leur maison. « L’attribution des pavillons se fera à la date fixée par le groupe de direction du chantier. Chaque Castor choisira son pavillon par ordre d’inscription » dans ceux correspondant à la taille de sa famille. « L’emménagement n’aura lieu que lorsque tous les pavillons seront terminés ». Les Castors de Chevilly-Larue prennent leur autonomie en se constituant le 26 décembre 1954 en Société anonyme coopérative à capital et personnel variables. Celle-ci rachète le terrain le 15 février 1955. La quote-part de chaque sociétaire est constituée par un apport initial (correspondant approximativement à un mois de salaire), puis par des versements mensuels (d’un montant proche d’un quart de leur salaire). Le chantier dure près de trois ans. Deux bétonnières sont achetées, ainsi qu’une grue d’occasion. La briqueterie Bohy prête des rails et des wagonnets pour les transports sur le chantier. Le travail est distribué par le chef de chantier à l’arrivée des Castors, qui apprennent le métier sur le tas. Deux maçons professionnels sont aussi embauchés et une entreprise d’électricité interviendra à la fin du chantier. Les Castors travaillent presque tous les dimanches et jours fériés, mangeant sur place, certains venant un peu tous les jours ; la durée de travail sur place peut aller jusqu’à 50 heures par semaine en été. Comme le dit M. Edelmann : « Nos femmes avaient bien du mérite, car nous y passions tout notre temps libre ». Ce gros effort est enfin récompensé : les Castors peuvent emménager pour la rentrée scolaire en 1956, même s’il reste souvent des travaux intérieurs à terminer. La déclaration d’achèvement est effectuée le 21 décembre 1956. Les Castors peuvent être fiers de leur réalisation collective de leurs mains, bel exemple de solidarité. 

Marc Ellenberger, archiviste municipal

 

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