Élèves à l’École Normale de Musique de Paris, Mercedes Alonso et Pierre-Frédéric Proteau se rencontrent au début des années 1970 dans la classe du grand pianiste Thierry de Brunhoff. Tandis qu’ils mènent leur carrière de soliste, ils décident de former un duo, de jouer côte à côte à quatre mains ou face à face, chacun à leur piano. Ils donnent des concerts, participent à des festivals et acquièrent, en trente ans de carrière, une renommée internationale. Pianistes haut de gamme, leur talent est aussi celui de ne faire qu’un, dès qu’ils jouent à quatre mains.
Mercedes Alonso et Pierre-Frédéric Proteau sont au piano ce que Roméo et Juliette ou Tristan et Iseult sont à la littérature : deux êtres inséparables en musique, le Yin et le Yang réunis. La partition de leur vie s’écrit le jour où, encore loin de l’autre, Mercedes et Pierre-Frédéric débutent le piano. Mercedes l’apprend à Madrid à l’âge de 6 ans. Elle est soutenue par son père, ingénieur du son, et par l’aura de son grand-oncle, le célèbre compositeur Francisco Alonso. Pierre-Frédéric quant à lui découvre l’instrument à 12 ans. « Le pianiste qui a révélé celui qui sommeillait en moi s’appelait Guy Decormis. Son jeu m’a tellement exalté qu’à la fin du concert, je me suis juré de devenir comme lui, un grand pianiste ». L’adolescent prendra ses premières leçons de piano à 15 ans. Son père, Tony Proteau, était saxophoniste alto. En 1947, lui et son orchestre accompagnaient Django Reinhardt, Sidney Bechet … Tandis que l’Espagne subit la dictature du général Franco, Mercedes la quitte et entre à l’École Normale Supérieure de Musique de Paris en 1968. Pierre-Frédéric ayant suivi la même voie, ils se rencontrent dans la classe du célèbre pianiste Thierry de Brunhoff où, autour du piano, les notes ont un langage qui les unit déjà. Une seule leur suffit parfois pour se comprendre, ressentir et partager avec précision les mêmes émotions. Ils ont beau mener chacun une carrière de soliste, la tentation de jouer en duo est bien trop forte pour qu’ils y résistent. Ensemble, ils travaillent alors les oeuvres écrites pour quatre mains de Franz Schubert, Claude Debussy, Darius Milhaud, Erik Satie, Manuel de Falla … Ils apprennent à laisser leurs mains danser sur le clavier sans les heurter, à respecter leurs nuances et leurs respirations pour ne faire qu’un. « Ne faire qu’un signifie l’équilibre » précise Mercedes. Associée à leur talent pianistique, l’osmose de ces deux personnalités accorde le duo “Alonso de Proteau” au singulier. Sur les scènes du monde entier, de Rio à Pékin, il est depuis trente ans transmetteur de beauté. « Peu m’importe mon nom », confie Pierre-Frédéric, « Je pourrais jouer “sous X” du moment que je joue. C’est un bonheur d’être ensemble, de partager le même élan, la même complicité, de communier avec notre public, de le toucher via la musique ». Crescendo, le duo “Alonso de Proteau” enregistre pour la radio et la télévision. Invité par le Festival de Musique Contemporaine de Santander en Espagne, il interprète dans sa version à quatre mains Le sacre du Printemps d’Igor Stravinsky. Sous l’égide de Radio France, il contribue à la création mondiale de la Symphonie n°1 de Gustav Mahler dans sa version pour quatre pianos, seize mains, huit pianistes ! Dans l’intervalle, le duo donne une série de concerts au Canada pour le 350e anniversaire de la fondation de Montréal puis, convié par les ambassades d’Espagne en Thaïlande et aux Philippines, “Alonso de Proteau” enchaîne le mouvement par une tournée de concerts en Asie du sud-est. Après avoir consacré leur dernier CD à la musique française pour piano à quatre mains, Mercedes et Pierre-Frédéric ont aujourd’hui le projet de participer aux festivals de musique classique de Massaguel, haut lieu historique tarnais, et de Lautrec (81), au coeur du Pays de Cocagne. Ici, en passant devant l’église Sainte-Colombe, on se prête à rêver qu’un soir, ces deux discrets virtuoses chevillais pourraient lors d’un concert, nous émouvoir …
Florence Bédouet
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