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Philibert de Moustier : le dernier Chevillais de la Division Leclerc (1re partie)

Le séminariste spiritain Philibert de Moustier s’engage le 26 août 1944 dans la 2e Division blindée, pour retrouver son père résistant déporté. Dernier Chevillais de cette fameuse 2e DB, il est décédé le 30 décembre 2011.

Depuis l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, jusqu’en 1944 de nombreux Français, militaires ou civils, ont rejoint les rangs de la France Libre et ont repris le combat dans des unités terrestres, maritimes ou aériennes. Parmi elles, la « colonne Leclerc », participe aux campagnes de Lybie de 1941 à janvier 1943, puis de Tunisie jusqu’en mai 1943. Elle se réorganise ensuite au Maroc, sous le nom de 2e Division blindée (2e DB), donné le 24 août 1943. Parmi ses officiers figure le capitaine Jean-Baptiste Houchet, prêtre spiritain ordonné à Chevilly le 28 août 1928 ; affecté à un poste missionnaire à Brazzaville au Congo en 1932, il y a rallié la France Libre dès l’été 1940. Au Maroc, il est institué aumônier du quartier général de la 2e DB par le général Leclerc. Rééquipée de matériel américain, la 2e DB s’embarque pour l’Angleterre en avril-mai 1944. Elle débarque le 1er août 1944 sur la plage de Saint-Martin-de-Varreville (« Utah Beach ») dans le Cotentin et participe à la bataille de Normandie.

Philibert de Moustier, séminariste spiritain de 22 ans, est impatient de rencontrer le général Leclerc. Issu d’une famille d’ancienne noblesse franc-comtoise, il naît le 7 avril 1922 dans le château familial de Bournel à Cubry (Doubs). Voulant devenir missionnaire, il entre en 1941 au noviciat de Piré-sur-Seiche (Ille-et-Vilaine), puis, en 1942, au scolasticat de Langonnet (Morbihan). Il est très inquiet du sort de son père, le marquis Léonel de Moustier. Officier de réserve, la guerre survenue, celui-ci a obtenu de reprendre du service à 57 ans et combattu vaillamment en mai et juin 1940. Président du Conseil général et député du Doubs, il a fait partie de la minorité de parlementaires ayant refusé les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet. Engagé dans la Résistance dès 1941, il a été arrêté le 23 août 1943, ainsi que ses fils Guy et Henri, et emprisonné à Besançon, puis transféré à Compiègne en avril 1944.

En août 1944, Philibert de Moustier ne sait pas que son père a été déporté le 15 juillet en Allemagne au camp de Neuengamme. Il est persuadé que le général Leclerc est capable d’arracher son père aux Allemands. À force d’insistance, il obtient un congé et part en vélo le 20 août à travers la Bretagne et arrive à Rennes le lendemain. Il est bientôt conduit au quartier général de Leclerc à Fleuré près d’Argentan (Orne). Il y rencontre le Père Houchet qui l’amène au général Leclerc. Celui-ci a entendu parler de Léonel de Moustier et donne à Philibert un ordre de mission pour rencontrer le colonel Rémy (pseudonyme de Gilbert Renault), chef de mission au service de renseignement de la France Libre, qui est alors à Cherbourg. Philibert y arrive tôt le 23 août, mais le colonel Rémy est déjà reparti pour Bayeux, où il le manque aussi. Le 24 août, il le poursuit encore en vain à Rennes, puis au Mans et à Rambouillet. Il parvient le soir à Antony, à la Croix de Berny, où il retrouve le Père Houchet. Celui-ci fait la déclaration de décès de l’adjudant-chef Augustin Dericbourg, tué à Chevilly aux côtés de Jacques Petit Le Roy, émissaire de la Résistance parisienne qu’il raccompagnait à Paris ; Philibert s’occupe d’envoyer ses affaires à sa veuve. Le 25 août au matin, la 2e DB entre à Paris, une partie passant par le boulevard Mermoz à Larue, où elle est acclamée : c’est la Libération. À l’hôtel Majestic à Paris, Philibert rencontre enfin le colonel Rémy, qui lui dit qu’il va se renseigner sur le sort de son père. Le 26 août, il apprend que celui-ci a été déporté en Allemagne. Philibert décide alors de s’engager dans la 2e DB pour y arriver le plus vite possible. Il obtient l’autorisation du supérieur général des spiritains. Le Père Houchet, qui cherche justement un assistant, s’occupe de son engagement immédiat. Philibert troque alors la soutane contre l’uniforme. (à suivre).

Marc Ellenberger, archiviste municipal

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Philippe de Moustier

En tant qu’ancien de la 2e Division blindée, la fameuse Division Leclerc, les honneurs militaires ont été rendus le 4 janvier 2012, aux obsèques du Père spiritain Philibert de Moustier à l’église Sainte-Colombe.

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