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Morice Lipsi, un sculpteur juif dans la tourmente de la guerre, de 1940 à 1943

3 152 Juifs parisiens ont été arrêtés pendant la rafle du Vel’ d’hiv’ les 16 et 17 juillet 1942. Le sculpteur chevillais Morice Lipsi a miraculeusement échappé à toute arrestation pendant la guerre, d’abord en se réfugiant en zone libre, puis, en parvenant à gagner la Suisse début 1943.

En ce mois de juin 1940, en plein exode, quatre Chevillais partis en pleine nuit de Larue progressent lentement en voiture vers le sud sur la Nationale 20 parmi le flot dense des réfugiés. Au volant, accompagné de trois voisins : Israël Moszek Lipszyc, dit Morice Lipsi, sculpteur juif arrivé de Pologne en France à l’âge de 14 ans en 1912 et établi à Chevilly-Larue au 6, rue Albert Thuret depuis 1933. Quelques jours auparavant, il avait laissé son épouse, Hildegard Weber, et leurs deux filles, Verna, 9 ans, et Jeanne, 7 ans, dans la foule devant la gare de Lyon à Paris, espérant les voir partir en train, loin de l’envahisseur.
Lui-même avait préféré attendre, pour s’enfuir, que les troupes allemandes soient tout près de la capitale. Le 17 juin, lors d’une pause à Vierzon, le pont près duquel il stationne est bombardé par l’aviation ennemie. Il n’a que le temps de se glisser sous sa voiture pour se protéger des éclats. Il reprend sa route vers le sud-ouest et a de plus en plus de difficultés à trouver de l’essence. Faute de carburant, son périple s’achève à 370 km de Larue, à Abzac en Charente, alors que les troupes allemandes sont arrivées à proximité. Par chance, ce village se retrouve en zone libre, tout près de la ligne de démarcation fixée par l’armistice du 22 juin 1940. Morice Lipsi décide alors d’y rester et reprend son activité de sculpteur. Il est bientôt rejoint par son épouse et leurs filles, qui étaient parvenues à 20 km de là, dans la ferme des parents de leur femme de ménage à Larue. Attendant un 3e enfant, Hildegard part en novembre 1940 dans sa famille en Suisse avec Verna et Jeanne, pour plus de sécurité. Morice Lipsi reste alors seul à Abzac, heureusement sans être inquiété. Le 11 novembre 1942, l’armée allemande envahit la zone libre. Désormais, la vie de Morice Lipsi est beaucoup plus menacée. Il n’est plus à l’abri des rafles. Hildegard organise alors son passage clandestin vers la Suisse. Fin février 1943, à Limoges, il monte dans un train bondé. Lors d’un contrôle pendant le trajet, des miliciens emportent ses papiers d’identité. Des hommes de la Gestapo lui demandent alors sa confession religieuse. En guise de réponse, il leur montre la notice sur la statue de Notre-Dame de Brillac qu’il a sculptée en 1941 à Abzac. Grâce à cet opuscule que le curé du lieu lui avait mis dans la poche au moment de son départ, on le croit catholique et ses papiers lui sont rendus avec des excuses. Il fait étape à Avignon chez les Nicolétis, des amis chevillais sûrs, résidant alors dans cette ville. Écourtant par prudence son séjour, il arrive en train à Annemasse, près de Genève, un jour plus tôt que prévu pour son rendez-vous avec un passeur. Au dernier moment, il préfère dormir dans un hôtel à Thonon-les-Bains. Bien lui en a pris : revenu le lendemain à Annemasse, il apprend qu’une rafle a eu lieu dans la nuit à l’hôtel qu’il avait délaissé ! Son guide l’abandonne près de la frontière suisse en lui indiquant la direction à suivre. Mais il bifurque et se retrouve sur une route bordée d’arbres au moment où une sentinelle allemande vient à y passer. Il se cache derrière un tronc d’arbre et le soldat poursuit sans le voir. Continuant à travers champs, il arrive enfin en Suisse et passe la nuit dans un hall plein de fugitifs. Après vérification de ses papiers dans un bureau à Genève, il est déposé à la gare où il retrouve enfin Hildegard.
Dès l’annonce de la capitulation de l’Allemagne nazie, Morice Lipsi rentre chez lui à Larue en mai 1945. Tous les membres de sa famille n’ont pas eu sa chance. Certains ont certes survécu à la guerre en se cachant, mais beaucoup sont morts en déportation ou fusillés. Après ces épisodes dramatiques, son art l’aidera à surmonter les horreurs de la guerre.

Marc Ellenberger, archiviste municipal.

Situer la maison de Morice Lipsi

Situer la maison de Morice Lipsi

6 rue Albert Thuret Chavilly-Larue

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