Malgré les difficultés et les risques, nombre de Sœurs de Notre-Dame de la Charité ont pris très à cœur leur mission d’aide aux personnes en difficulté en cachant courageusement des femmes et des adolescentes juives durant l’Occupation.
Durant l’Occupation nazie, le monastère Saint-Michel a perdu sa quiétude ordinaire. Ses caves servent d’abri en cas d’alerte. Les Sœurs réussissent à empêcher que des troupes allemandes s’y installent, comme elles l’ont fait au séminaire des missions voisin. Seules deux sentinelles de l’armée d’occupation sont postées au sommet du dôme pour surveiller les alentours. À partir d’avril 1942, la prison de Fresnes étant réquisitionnée par l’occupant, une centaine de mineures délinquantes est transférée au monastère. Les « Fresnettes » en perturbent un temps la paix.
Favorisées par la vie retirée des lieux, les Sœurs accueillent généreusement et courageusement des personnes dans la clandestinité. Ainsi, deux religieuses étrangères, une Canadienne et une Anglaise, donc ressortissantes de pays alliés, ne sont pas déclarées aux autorités. Malgré les risques encourus, le monastère va surtout servir de refuge à des femmes et adolescentes juives, peut-être une vingtaine d’après les témoignages. Trois femmes juives célibataires amies d’une religieuse, présentées comme des bénévoles venues aider les Sœurs, demeurent ainsi au monastère de 1941 jusqu’à la Libération.
Des jeunes filles juives sont successivement intégrées en cachette parmi les pensionnaires grâce à la complicité de policiers et de juges bienveillants. En effet, arrêtées dans des gares ou ailleurs, elles sont conduites au tribunal pour enfants où elles sont condamnées pour vagabondage, prétexte leur permettant ainsi d’être placées le soir même au monastère. Les juges les y maintiennent ensuite en faisant traîner la procédure. Fin 1943, une femme juive et ses trois filles sont logées pendant quelques semaines du côté de la lingerie. Grâce à un escalier dérobé, la nourriture leur est apportée en cachette. Malheureusement, une nuit, celle-ci soit inscrite sur le registre hospitalier, grâce à la complicité du directeur et du chirurgien. Une Polonaise recherchée par la Gestapo trouve aussi refuge au monastère mais, malgré les conseils de prudence des Sœurs, elle part faire des courses à Paris d’où elle n’est malheureusement jamais revenue...
Les Sœurs emploient aussi comme ouvriers quelques jeunes Résistants, réfractaires au Service du travail obligatoire (STO) en Allemagne.
Toutes ces personnes hébergées clandestinement n’ayant évidemment pas de carte d’alimentation, les adultes du monastère partagent leur portion. Chaque nuit, une Sœur écoute la BBC à la cave, apprenant ainsi le Débarquement. La Libération approche. Des bombes incendiaires éclatent dans le jardin du monastère. Le 20 août 1944, deux jeunes Résistants chevillais, Marcel Jolivet et Jean Bocheux, poursuivis par des soldats allemands, arrivent à leur échapper en s’introduisant par une fenêtre dans la partie du monastère réservée aux Sœurs, à l’insu de la Supérieure qui affirmera que personne n’a pu y entrer. Quatre jours après, Chevilly-Larue est libérée. La vie sereine du monastère reprend alors bientôt son cours ordinaire.
Marc Ellenberger, archiviste municipal
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