Du XVIIe siècle au XXe siècle, la famille Delaune-Delporte-Lavigne compte douze générations chevillaises. Leur parcours jalonne l’histoire de Chevilly-Larue.
Alice Lavigne, qui s’est éteinte le 25 novembre 2011 dans sa centième année, se distinguait de la grande majorité des Chevillais en étant de souche locale ancienne.
En effet, ses ancêtres du côté maternel sont établis à Larue, puis à Chevilly, depuis au moins dix générations, l’absence de registres paroissiaux avant 1626 empêchant de remonter au-delà. En 1659, Pierre Budet, marchand de bétail à Larue, fils d’un jardinier, épouse Marguerite Lamy, fille d’un marchand. Leur fille Marguerite épouse en 1695 le fils d’un vigneron, Pierre Delonde, aussi marchand de bétail. Au début du XVIIIe siècle, le patronyme Delonde est changé en Delaune. Le fils et le petit-fils de Pierre Delaune porteront aussi le même prénom que lui. Le premier est aussi marchand de bétail et épouse en 1719 une jeune fille de Wissous, Marie-Claude Dumont. Le second est d’abord bouvier, puis simple journalier agricole ; il épouse en 1743 Marie-Jeanne Dadou, fille et petite-fille de tisserands à Larue. Leur fils Guillaume est charretier et épouse en 1776 Marie Theveney, originaire de Haute-Saône. Ceux-ci ont quatre enfants, dont un seul fils, qui est tué en 1814 sur un champ de bataille ; leur benjamine, Marie-Madeleine, donne naissance en 1812 à une fille naturelle, Victoire Delaune. Cette dernière donne elle-même le jour à trois enfants naturels, en dernier lieu à Rose Delaune. À 18 ans de distance, en 1840 et en 1858, Victoire Delaune et sa fille Rose épousent deux frères, Hyacinthe et David Delporte, le second étant âgé de 18 ans de moins que son aîné. La mère et la fille Delaune deviennent ainsi belles-soeurs ! Le père de leurs époux, Hyacinthe Delporte, originaire de la Somme, est venu travailler à Chevilly comme batteur en granges ; il épouse en 1813 à L’Haÿ-les-Roses Thérèse Nicolas, une jeune fille de ce village. Il s’y établit, travaillant tour à tour comme vigneron, journalier et charretier, avant de revenir s’installer à Chevilly. La mémoire familiale rapporte qu’il est cocher et sa femme concierge au château de Chevilly (chez les Outrequin), quand naît en 1835 leur benjamin, David Delporte, qui deviendra charretier puis agriculteur et sera conseiller municipal de 1871 à 1884 puis l’adjoint au maire jusqu’en 1892. D’abord locataire rue de la Croix (actuelle rue Henri Cretté), il acquiert en 1873 la maison à l’angle de cette rue et de la route départementale ; le prix est modéré du fait que cette maison a été très endommagée lors du combat du 30 septembre 1870. Alexandrine, fille de David et Rose Delporte, y naît en 1875. Elle épouse en 1894 Sulpice Lavigne, charretier à Chevilly, originaire de la Beauce, qui deviendra agriculteur en louant diverses pièces de terre (et sera plus tard conseiller municipal, de 1912 à 1942). La famille ouvre alors dans la maison une épicerie-buvette-restaurant, la seule du village. C’est là qu’ont lieu les banquets des pompiers et des chasseurs. Le commerce familial fermera au milieu des années 1920 mais la maison restera dans la famille jusqu’en 1977, cinq ans après le décès d’Alexandrine. Le couple Lavigne a eu sept enfants, dont Alice, 6de la fratrie, née le 20 février 1912. Son frère, André, a été le garde-chasse et le garde-champêtre de Chevilly-Larue. Durant l’Occupation, le fils de ce dernier, également prénommé André, s’est engagé dans la Résistance aux côtés de son cousin germain Marcel Jolivet (celui-là même qui, le 14 juillet 1944, a planté un drapeau tricolore au sommet de la cheminée d’une des briqueteries du voisinage). Après la libération de Chevilly-Larue le 24 août 1944, les deux cousins s’engagent dans l’armée en novembre 1944. Marcel Jolivet est tué au combat en Alsace le 14 décembre 1944, à l’âge de 20 ans. Au fil du temps, ne restent plus à Chevilly-Larue que Alice Lavigne et sa nièce Simone Jolivet. Alice sera la dernière de sa fratrie à décéder, le 25 novembre 2011 ; Simone est désormais la seule de la famille à toujours habiter à Chevilly-Larue, dans la continuité de ses aïeux sur douze générations depuis le début du XVIIsiècle.
Marc Ellenberger, archiviste municipal
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