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La Commune de Paris

Il y a 140 ans eut lieu la Commune de Paris, période révolutionnaire de deux mois (du 18 mars au 28 mai 1871) durant laquelle exista pour la première fois un « gouvernement insurrectionnel ouvrier ».

Des Chevillais figurent peut-être parmi la foule des Parisiens qui proclament la Commune le 28 mars 1871, dix jours après le début de l’insurrection. En effet, à l’approche de l’armée ennemie lors de la guerre franco-prussienne, la population s’était refugiée à Paris en mi-juillet 1870. Les troupes prussiennes avaient occupé les villages de Chevilly et de Larue depuis le 17 septembre 1870 jusqu’à leur retrait après l’armistice du 28 janvier 1871 et les avaient laissés dans un triste état, d’autant que le combat du 30 septembre 1870 y avait occasionné maints dégâts. En ce mois de mars, bien des habitants n’ont ainsi pas encore pu rentrer chez eux. Ils se préoccupent surtout alors des travaux de remise en état des maisons et des cultures à effectuer dans leur commune. Certains Chevillais, devenus gardes nationaux à Paris durant la guerre, participent sans doute à la Commune de Paris, la Garde nationale y jouant un rôle clef.
Parmi les mesures prises par la Commune (liberté d’association pour les ouvriers, transformation en sociétés ouvrières des entreprises abandonnées par leurs propriétaires, …), le décret du 2 avril 1871, préfigurant la loi de 1905, sépare l’Église de l’État, laïcise l’enseignement, supprime le budget des cultes et met à la disposition de la Nation les biens ecclésiastiques. Le séminaire des missions de Chevilly (ouvert en 1864) est concerné. Une anecdote raconte comment celui-ci a réchappé à l’application de ce décret : un jour de fin avril 1871, un détachement communard arrive au séminaire et n’y trouve que quelques religieux. Généreusement servis en nourriture et en vin (un tonneau ayant été ouvert pour eux et vidé par leurs soins), les communards finissent par repartir dans de bonnes dispositions pour leurs hôtes !La Commune de Paris s’achève par la Semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871. La répression par les troupes versaillaises est terrible, avec environ 20 000 exécutions sommaires et plus de 14 000 condamnations (peine capitale, déportation, emprisonnement ou bannissement). L’oeuvre démocratique et sociale de la Commune restera une référence vivace dans la sensibilté populaire et la mémoire collective.
Trois rues de Chevilly-Larue perpétuent ainsi le souvenir de deux personnalités impliquées dans la Commune : Élisée Reclus, Louise Michel et Édouard Vaillant.

Élisée Reclus est né à Sainte-Foy-la Grande (Gironde) le 15 mars 1830. Exilé après le coup d’État du 2 décembre 1851 du futur Napoléon III, il voyage en Europe et en Amérique. Après son retour en 1857, il devient un géographe réputé. Il s’implique aussi dès 1864 dans l’action politique, devenant penseur et militant anarchiste. Il participe activement à la Commune de Paris en s’engageant comme volontaire dans la Garde nationale. Fait prisonnier par les Versaillais le 4 avril 1871, il est condamné à la déportation en Nouvelle-Calédonie, peine bientôt commuée en dix ans de bannissement. Il réside dès lors principalement à l’étranger et décède à Torhout en Belgique le 4 juillet 1905. En 1933, son nom est donné à l’une des rues du lotissement Paris-Village (l’avenue des Blés), rues qui portaient toutes alors des noms champêtres jusqu’à ce que soit décidé de leur attribuer des noms de savants ou d’hommes de lettres humanistes engagés.

L'allée Louise Michel, est un choix de la Municipalité de Guy Pettenati que de rendre hommage à cette figure majeure de la Commune. Née le 29 mai 1830 à Vroncourt-la-Côte (Haute-Marne), elle devient enseignante et se lance dans l’action sociale et politique. D’abord adepte du mouvement révolutionnaire et républicain socialiste d’Auguste Blanqui, elle fait partie de l’aile révolutionnaire anarchiste pendant la Commune : propagandiste, garde au 61e bataillon, ambulancière, … elle participe activement aux combats de rue. À l’issue de la Commune, elle est déportée en Nouvelle-Calédonie, dont elle ne revient qu’en fin 1880. Ses activités militantes lui valent des emprisonnements successifs. Elle décède le 9 janvier 1905 à Marseille. Par délibération du Conseil municipal du 13 juin 1988, son nom est donné au petit passage piétonnier entre la rue Petit Le Roy et la rue du Séminaire.

Édouard Vaillant, né le 26 janvier 1840 à Vierzon (Cher), ingénieur, docteur ès-sciences, puis docteur en médecine, poursuit des études notamment de philosophie en Allemagne de 1866 jusqu’à la déclaration de guerre en 1870. Il s’engage dès lors activement dans la politique aux côtés des socialistes. Il participe à l’avènement de la République le 4 septembre 1870. Il est l’un des quatre rédacteurs de l’« Affiche rouge » appelant à la création de la Commune de Paris. Il est élu le 26 mars 1871 au comité central de la Commune. Nommé le 21 avril délégué à l’instruction publique, il veut instaurer l’école laïque, gratuite et obligatoire, et valoriser l’éducation des filles et l’enseignement professionnel, mais la répression sanglante par les Versaillais interrompt ses projets. Ayant réussi à s’enfuir à Londres, il est condamné à mort par contumace le 17 juillet 1872. Amnistié en 1880, il revient en France et adhère en 1881 au Comité révolutionnaire central. Par la suite, il s’efforce d’unir les divers courants du socialisme. Il est député du 20e arrondissement de Paris de 1893 à sa mort à Saint-Mandé le 18 décembre 1915. Son nom est donné à une voie de Chevilly-Larue qui, avec l’impasse Jean Jaurès, compose l’ancien lotissement « La Chevillette » fondé en 1911, tout près du village de Chevilly, par un promoteur, Charles Couvignou.

Marc Ellenberger, archiviste municipal

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